Etude d'Urbanisme - Site Mame - Tours (37) 2012

Le site

Il s'agit d'un îlot en cours de mutation liée à la délocalisation de l'imprimerie MAME libérant ainsi une emprise de 2,5 hectares et au redéploiement éventuel de l'activité commerciale du supermarché. Ce site se localise entre la Loire et le secteur sauvegardé et s'inscrit dans la continuité de la rue Walvein. Il est perceptible depuis deux axes majeurs de la ville que sont le boulevard Tonnellé et l'avenue Proudhon. Il est bordé à l’Ouest par la rue du docteur Chaumier, au Nord par celle du général Witkowski, au Sud par le boulevard Preuilly et à l’Est par la rue du 501ème. L'environnement urbain est marqué par la présence d'éléments patrimoniaux, la cité Mame, (façade sur la Loire, bâti ordonnancé autour d'une cour centrale), des logements collectifs de grande hauteur constituant un obstacle visuel entre le site et la Loire et le lycée Albert Bayet. Une particularité topographique est à noter avec un point haut dans la partie Sud/Ouest, (arbre repère), et des murs de soutènement. Cet îlot s'organise en trois strates d'orientation Nord/Sud : l'habitat collectif, une partie commerce (supermarché) et l'imprimerie qui constitue les deux tiers de l'îlot.

L’histoire

En 1796 la famille d'imprimeurs Mame installe une usine près des Halles de Tours. Elle est détruite pendant la seconde guerre mondiale lors de l'arrivée des allemands le 19 juin 1940. Une nouvelle imprimerie est alors construite à partir de 1950 sur un terrain de 3,5 hectares en bordure de Loire. L'architecte Bernard Zehrfuss (avec Jean Drieu La Rochelle) propose deux bâtiments modulaires reliés entre eux par une passerelle. Le premier édifice est une tour qui abrite les bureaux administratifs. Le deuxième est plus bas, il regroupe les ateliers. Construit entre 1950 et 1953, en collaboration étroite avec Jean Prouvé, L'imprimerie révèle des éléments bâtis de qualité. L'usine comprend un bâtiment de bureaux et des ateliers. Conçue en béton brut avec une structure poteaux/poutres, elle est un remarquable exemple d’architecture moderne et de l'esthétique industrielle d'après-guerre.  L'ensemble forme un grand volume de 5432 m² qu'il a fallu éclairer. Pour cela, Bernard Zehrfuss travaille avec Jean Prouvé. La toiture permet d'illuminer l'espace de manière régulière, Jean Prouvé fait en effet installer 672 sheds d’aluminium disposés sur une structure en acier, (une première européenne). Cela recouvre l’ossature faite de poteaux et de poutres. Par ailleurs, Jean Prouvé construit quatre pavillons en aluminium sur le toit-terrasse de la tour administrative. Ils sont pourvus de baies vitrées et de hublots colorés. Le bureau du directeur et la salle de réunion du conseil d’administration y sont installés. A noter que la toiture de la salle de réunion déborde et elle prend la forme d'une coque. Le peintre Edgar Pillet s'est chargé de décorer les cloisons intermédiaires des ateliers avec des fresques abstraites de couleurs jaune, bleu, blanc, gris et noir. Il a aussi dessiné le mobilier de bureau avec tubes métalliques. Ces bâtiments sont inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques et ils ont reçu en 1954 le grand prix d’architecture industrielle de Milan.

Jean Prouvé(1901 - 1984)

Célèbre architecte ingénieur designer, il fut un spécialiste des structures métalliques légères avec une formation de sculpteur forgeron, il se passionne pour le travail sur l’aluminium et l’acier. En 1931 «  le tortilleur de tôle » adhère au mouvement moderne collabore avec Le Corbusier ou encore Charlotte Perriand.

La reconversion du site

Les orientations d’aménagement du PLU précisent les volontés de développer une perméabilité structurante Sud /Nord de l'îlot du secteur sauvegardé à la Loire, d’organiser des perméabilités physiques et visuelles Est/Ouest joignant la rue du 501è donnant à voir le cœur d'îlot et ses éléments patrimoniaux et favorisant des implantations de bâtiment avec une exposition Sud privilégiée, de recomposer les espaces libres au Nord entre la partie commerciale et l'habitat collectif : établir des relations, restructurer et mettre en commun les espaces de stationnement et les jardins, de développer au pourtour Sud, Est et Nord des ateliers un programme de logements intégrant les activités commerciales (insertion du supermarché). Les hauteurs respecteront l'épannelage Nord/Sud des constructions limitrophes, de reconvertir les ateliers de l'imprimerie pour y installer le pôle des arts graphiques.

Les objectifs sont clairs : il s’agit de conserver et valoriser les éléments patrimoniaux en place, d’implanter le pôle des arts graphiques, (école régionale des Beaux arts, école d'arts graphiques), d’ouvrir l'îlot à la ville, de développer un programme mixte d'habitat et de réorganiser la fonction commerciale.

Le projet pour ce site est de réunir sous le nom de Pôle des arts et recherches contemporaines (PARC) : l'École supérieure des Beaux-arts de Tours, le Département Histoire de l’Art de l’Université de Tours, l’École Brassart, l'association de cinéma Sans canal fixe, un Master 2 d’Architecture et d’Urbanisme durable de l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles.

Le projet urbain et architectural

Le projet proposé reprend dans ses grandes lignes les différents objectifs et orientations du PLU en termes de programmation, d’urbanisation, de densité contrôlée, de respect des différentes réglementations. Architecturalement, il développe plusieurs typologies de bâtis adaptées aussi bien aux enjeux urbains auxquelles elles sont confrontées, qu’aux populations différentes auxquelles elles s’adressent. Cette adaptation s’opère en douceur, mais avec la volonté nécessaire d’offrir une nouvelle pièce urbaine homogène et cohérente, qui peut évoluer logiquement au Nord côté surface commerciale et dont l’écriture contemporaine dialogue avec aisance avec l’environnement  proche, mais aussi le bâtiment du futur pôle des arts. Compte tenu de la future coexistence avec ce bâtiment, déjà emblématique historiquement et architecturalement, le projet veut aller « plus loin » et traduire, en laissant filtrer dans ses différentes images le caractère spécifique du site reconverti, liée aux arts graphiques et au design. Il veut ainsi créer un lien supplémentaire d’appartenance commun à chaque élément du « puzzle », pour offrir une globalité forte, cohérente et de qualité,  qui donne tout son sens à la démarche générale de cette mutation urbaine. « L’idée constructive, c’est d’abord la compréhension d’une totalité d’un ensemble » Jean Prouvé.

Un programme de mixité urbaine

Le programme comporte 5 grandes entités, installées sur deux niveaux de parkings d’environ 200 places, qui traduisent la mixité désirée :

Un ensemble « Arpège » de 2 commerces pour 148m², de bureaux pour le CG 37 pour 1512 m² Shab et 23 logements pour 1881 Shab.

Un ensemble « Carré Preuilly » de 40 logements du T2 au T4 pour 2258 m² Shab

2 commerces à R de C pour 370m² Shab.

Une résidence service séniors « Jardin des arts » de 76 logements pour 4046 m² SP et 3699 Shab et 1 commerce de 117 m².

Une résidence étudiante « Jardin des lettres », de 118 chambres et un appartement gardien pour 3228 m ² SP, 3583 Shab.

Un parti urbain qui traduit les orientations du PLU

D’emblée, par le biais des démolitions des bâtiments qui « parasitent » l’édifice historique, le projet vise à dégager ce dernier sur sa périphérie et plus particulièrement le bâtiment tour de bureaux avec son attique métallique. Le projet s’installe donc logiquement à l’alignement urbain sur le boulevard Preuilly. Pour préserver les vues du bâtiment existant sur l’extérieur et la ville et inversement installer une véritable invite à accéder au futur pôle, le bâti démarre au droit de la projection du bâtiment existant sur le boulevard, en laissant libre un large espace dominé par un arbre remarquable au Sud/Ouest qui sera conservé dans le cadre du futur aménagement du parvis du pôle des arts. 

L’idée est ici d’avoir un bâtiment assez fort et dense, de R+1 à R+4, posé sur un socle commercial, très vitré, voir transparent et perméable grâce à des passages Sud/Nord aménagés dans l’esprit des venelles qui cheminaient autrefois dans ce quartier, du Sud, vers la Loire d’une façon aléatoire au gré des limites parcellaires qu’elles longeaient. Ici le passage le plus grand en double hauteur, s’installe également en continuité visuelle de la rue Valvein qui percute le boulevard Preuilly au Sud, en prolongeant ainsi la perspective et le tissage viaire du site. L’attique en retrait et fractionné, rythme et valorise les vues le long du boulevard en évitant ainsi tout effet de masse. Si le rez-de-chaussée est entièrement occupé par des activités et/ou du commerce, du R+1 au R+5, le reste du volume bâti l’est par du tertiaire avec en formant ainsi un cadrage bâti fort et symbolique sur le futur parvis d’entrée du site.

Le projet de déroule ensuite dans un gabarit identique et dense de front bâti, en proposant des logements en accession jusqu’à l’angle avec la rue du 501ème. Ici, il s’articule dans une vaste ouverture, avec la résidence séniors qui se développe vers le Nord, le long de la rue. Ici la constitution du front bâti est rendue plus perméable par la configuration en plots, (grosses villas urbaines d’environ 20 logements), qui rythment la rue en pouvant prolonger le principe jusqu’au Nord du site en fonction du réaménagement de la surface commerciale. Le bâti s’installe en retrait pour « aérer » la rue du 501ème et limiter les vis-à-vis trop proche avec Albert Bayet. Le pied d’immeuble se transforme ainsi en promenade paysagée qui accompagne avec la morphologie en plots les orientations du PLU. Les petits immeubles villas sont posés sur un socle épais de parking, (sous sol et rez-de-chaussée), qui disparaît visuellement du fait de l’aménagement des halls et des locaux communs dédiés aux logements situés au dessus.

A l’arrière, un volume plus simple et parallélépipédique accueille une résidence étudiante, plus mince et continue, (R+3 et double attique). Celle ci s’installe parallèlement en « mimant » l’effet de lanières bâties du tissu ancien environnant. Côté Ouest, elle fait face à la façade qui sera recomposée du pôle des arts, dans un vis-à-vis logique et symbolique entre l’étudiant et son école, et animé par une bande paysagée qui relie les deux entités. Côté Est, « L’entre deux » avec la résidence séniors est traité en terrasse haute à R+1, végétalisée et paysagée. Celle ci propose de part et d’autre, des entrées pour les deux résidences et  des emmarchements ouverts au centre et aux extrémités Nord et Sud pour accéder au niveau rue et à celui d’accès du pôle des arts. Le plus important rejoint le boulevard au Sud en articulant les logements et la résidence séniors. Il participe à offrir un traitement d’angle fort et remarquable de l’opération d’ensemble vue du Sud/Est, tout en magnifiant l’accès à la dalle haute qui complète le dispositif de porosité recherché sur cet axe.

Un parti architectural affirmé

Architecturalement, l’écriture du projet est résolument contemporaine pour bien l’inscrire dans le présent et le tourner résolument vers l’avenir. La composition des façades entérinent une partition « classique » de l’architecture, (socle, corps de bâtiment, attique), qui est déclinée selon les différentes typologies proposées. Ce dispositif simple crée un premier lissage du projet qui participe à lui  conférer une partie de l’homogénéité globale recherchée. Il permet également de retrouver avec le bâti existant des lignes de concordance en élévation, des rapports de proportion, qui facilitent la cohérence urbaine au sein du quartier et avec le futur pôle des arts.

Il permet aussi de densifier le bâti sans l’alourdir. En effet l’allègement visuel du au socle, décolle les bâtiments, en particulier avec les commerces vitrés qui jouent de la transparence et les passages ouvert ou couverts qui accentuent ce dispositif. Il en est de même quand il s’agit d’habiller le volume du parking avec un voile en béton matricé qui encadrent les halls et soutient les villas des étages de la résidence séniors ou encore celle des étudiants côté Mame. Les attiques simples ou doubles en retrait, en structure légère, couverts de panneaux aluminium à ondes verticales, ou même d’enduit lissé coloré, permettent quant à eux de réduire visuellement la hauteur du bâti et d’animer les hauts des immeubles en les faisant dialoguer entre eux. Ils permettent également de réinterpréter d’une façon plus moderne les toitures anciennes ou même, de mimer en clin d’œil le travail élaboré de Prouvé sur l’attique de la tour, ou encore celui des sheds, quand il s’agit de la résidence étudiants. Au cœur de chaque composition verticale, le corps principal des bâtiments s’anime naturellement par les baies vitrées qui éclairent les différents plateaux ou logements. Celles-ci se déclinent en fonctions des espaces qu’elles éclairent : verticales pour les logements, horizontales pour les étudiants pour faciliter les aménagements intérieurs, murs rideaux pour les bureaux pour dévoiler l’activité du site et offrir en retour des vues larges et de qualité à ceux qui y travaillent. Chaque façade se creuse ensuite, se déstructure pour créer des loggias, proposer des terrasses, ou encore se pare de balcons, ou se protègent par une double peau ou des claustras coulissants ou fixes qui animent les élévations. Des détails apportent ensuite des petites touches de convivialité qui confèrent une certaine préciosité au projet (petits voiles en retour, tableaux des fenêtres et intérieurs des loggias colorés, joints creux, pares soleil, matriçage du béton, ou déclinaison d’une sérigraphie en tissage.

Un motif tapissé décliné  pour donner du « sens »au projet

C’est celle ci, utilisée  avec un motif « tapissé » décliné et réinterprété sur différents supports, qui installe le dernier niveau de lecture, et le plus fin du projet, (ou peut être le premier symboliquement). Celui-ci finalise la démarche visant à donner tout son sens à cette opération dans une référence directe aux arts graphiques et au design et bien sur à l’imprimerie. En effet le motif proposé, relativement classique et traditionnel, fait référence aux tapisseries qui recouvrait les meubles, voire les murs de nos anciens et qui fait l’objet aujourd’hui d’une réutilisation graphique dans le monde du mobilier et du design, (pied de lampe, fauteuils…), ou encore celui de l’architecture avec des panneaux de toute nature, perforés ou non, qui couvrent de nombreux bâtiments du fait de l’isolation extérieure nécessaire mise à la mode par la nouvelle réglementation thermique. Avec ses formes et ses lignes douces et dynamiques, il fait également référence à l’écriture, à la calligraphie, et s’associe avec bonheur, en contraste aux lignes plus droites et strictes de l’architecture proposée, tributaire de contraintes structurelles et financières qui prônent souvent une rationalisation importante des constructions. C’est donc un motif de ce type imprimé sur des panneaux bakélisés, que le projet utilise sur la résidence étudiants pour couvrir partiellement ses élévations en prolongement des baies en installant ainsi un vis-à-vis subtil à la fois avec la résidence séniors dont les habitants pourront reconnaître une référence à leur environnement, mais aussi avec le pôle des arts dont les élèves travaillent aujourd’hui régulièrement avec ces motifs. Il permet aussi dans le cas de ce bâtiment de ne pas avoir ainsi à gérer un devant et un arrière comme ceux se trouvant en prise directe avec la ville à l’alignement de la rue, mais au contraire de traiter un bâtiment plus « objet », non dénué de références ni de logique urbaine avec ce qui l’entoure, mais posé dans un « entre deux ». Cette position traduit assez bien symboliquement et avec un peu d’humour, celle de l’étudiant, accolé à son école ou il acquiert son savoir, avant d’aller travailler dans une petite société de design installée en tête du front bâti le long du boulevard, de louer ou d’acheter son appartement dans l’immeuble de logement contigu, puis dans celui de la résidence séniors rue du 501ème. La présence de la sérigraphie proposée suit cette logique dans son utilisation et sa présence décroissante sur les différentes façades. Naissante, elle est présente tout en douceur comme un « grain de peau » sur la résidence étudiants, elle s’affirme ensuite, se matérialise au niveau des bureaux avec la grande double peau perforée qui protège les murs rideaux à l’alignement urbain, puis est utilisée à moindre échelle avec des panneaux perforés aux tailles plus domestiques, pour protéger les loggias au sud des logements, puis animer encore partiellement les façades de la résidence séniors côté rue et côté cour. Présente dans une teinte légèrement grisée et blanche sur la résidence étudiants, puis en aluminium perforé pour la double peau et les claustras des loggias, elle se double également d’une référence directe à l’univers de Jean Prouvé illustre architecte ingénieur designer, « tortilleur de tôles » à qui l’on doit le bâtiment qui sera restructuré, et dont le travail sur les attiques des bâtiment, (utilisation de bardage à ondes verticales en forme de shed), est un modeste clin d’œil à celui des sheds et de l’attique de la tour de bureaux de l’ancienne imprimerie.

Localisation: 
Tours (37)
Département: 
37 Indre-et-Loire
Maître d'ouvrage: 
SET
Année de réception: 
2012
Référence: 
05.11